Aïkido,Les fondamentaux ,fondations,le sens

Maitre Tamura

Les Fondations de la discipline  Aïkido

La discipline AIKIDO s'inscrit dans une dimension culturelle spécifique qui tend à développer l'être humain dans toutes les

dimensions de son être.

C'est la raison pour laquelle les notions fondamentales transmises par TAMURA Senseï  font le centre même de notre identité.

 Signification des bases

 Bases indispensables à la pratique de l'aïkido

Shisei (posture)

Kamae (garde)

Kiryoku (puissance vitale)

Seishin jotai (état mental)

Metsuke (regard – physique et mental)

Ma aï (espace – temps)

Arukikata (marche)

Taï sabaki (déplacement – placement)

Kokyu (respiration)

Kokyu ryoku (coordination de la puissance physique et du rythme respiratoire)

Sokudo (rapidité)

Ko ryoku (efficacité)

Reigisaho (etiquette)

Nichijo no taido (attitude dans la vie quotidienne)

Kokoro no mochi kata (contrôle des émotions – coeur)

Shisei :

Se traduit en français par: position, attitude, posture, pose. Sugata (shi) exprime la forme, la figure, la taille. Ikioi (sei)

exprime la force, la vigueur, la vivacité. Shisei contient ces deux sens.

Mais le sens de shisei ne désigne pas seulement une attitude extérieure: une bonne forme, un bon style, un bon maintien, mais

aussi une force intérieure visible de l’extérieur dans sa manifestation, par exemple, la vitalité chez un enfant apparente au

travers de sa vivacité, de ses yeux vifs, de ses mouvements....

Si nous voulons atteindre ce shisei, de quoi avons-nous besoin? D’abord de mettre en orde le corps qui est le vase contenant le

ki. Pour ce faire étirez la colonne vertébrale et gardez-la droite.

Si vous avez le sentiment de pousser le ciel avec la tête, la colonne vertébrale s’étire naturellement. Ne gonflez pas la poitrine

dans la position militaire au garde-à-vous. Les épaules décontractées tombent avec souplesse, l’anus est fermé, les reins ne

sont pas cambrés, le ki est confortablement posé dans le seika tanden, le corps tout entier calmement détendu.

Le grand adepte du sabre Miyamoto Musashi dit, parlant du shisei martial: „Le visage est calme, ni tourné vers le haut, ni vers

le bas, ni vers le côté, les yeux clos légèrement, sans mouvement des globes oculaires, le front sans un pli, les sourcils

légèrement froncés, l’arête du nez droite, sans trop ramener le menton en avant, la nuque droite également, les vertèbres

cervicales pleines de force.Au-dessous des épaules tombantes, le corps est parfaitement décontracté, la colonne vertébrale

est en place, les fesses rentrées; les genoux jusqu’aux orteils s’appuient fortement sur le sol, les hanches ne sont pas vrillées,

le ventre est fermement arrondi“.

En Aikido on appelle sankakutai une telle posture souple, équilibrée, permettant de se mouvoir librement, tel un tétraèdre

régulier qui, en tournant, devient cône.

Kokyu :

shisei est acquis. L’attitude est bonne. Le travail suivant est Kokyu.

Haku (ko) expirer

Suu (kyu) inspirer

Tous les êtres vivants absorbent l’oxygène, rejettent le gaz carbonique. Cette action porte le nom de kokyu. Un bon kokyu est

lent, profond, long, fait naturellement. C’est donc une respiration abdominale.

Au début de la pratique, il est bon d’insister sur l’expiration puis de laisser l’inspiration se faire. La respiration se fait par le

nez. Si le rythme respiratoire est perturbé, utiliser la bouche pour le rétablir.

L’inspiration se fait bouche fermée, les molaires légèrement serrées, la langue en contact avec le palais. Les débutants

comptent mentalement pour régler l’expir et l’inspir. À l’inspiration, anus fermé; imaginer que l’air descend plus bas que le

nombril.

Dans la pratique du Budo, il arrive que l’inspiration soit rapide, que l’on retienne longuement l’air dans les poumons, que l’on ait

besoin de le rejeter rapidement ou au contraire lentement.

Pendant l’exercice, il faut prêter une très grande attention à la maîtrise du kokyu. Kokyu ne consiste pas uniquement à

renouveler l’air des poumons, à rejeter les impuretés. Il est nécessaire durant sa pratique d’avoir le sentiment de s’emplir à

nouveau d’un ki pur. Le ki, ainsi emmagasiné, sort avec puissance quand le besoin s’en fait sentir. Ce rayonnement constant du ki

est le shisei juste.

Dans la vie quotidienne donc, quand vous êtes débout, en marche, au travail, même quand vous dormez, exercez-vous avec

coeur. Si une urgence se présente, votre kokyu sera alors celui de tous les jours.

Mais pour atteindre cet état, le quotidien est important.

L’homme, normalement, oublie qu’il respire mais n’oublie certes jamais de respirer. De la même façon, au-delà de la conscience,

il faut faire pénétrer dans le corps, acquérir un kokyu juste, un shisei juste. Il faut s’entraîner sans cesse afin d’obtenir ce

résultat.

Le corps ayant été, de la sorte, empli d’un ki vigoureux, quand on atteint l’unité avec la nature, l’énergie du ki envahie le corps;

il devient possible de faire jaillir de vous-mêmes une puissance qui

dépasse l’imagination. Cette force de la respiration (kokyu ryoku) qui s’exprime ainsi n’est pas vôtre, elle est la force de

respiration du ciel et de la terre.

 

Kamae :

Dans le Budo, on dit souvent: „ce qui est important est kamae“. Kamae n’est pas propre au Budo, il appartient aussi à d’autres

arts: fleurs, calligraphie, thé: Dans le football, la boxe, le tennis, kamae est également important. Dans la langue japonaise,

kamae a pour sens: se préparer, se mettre en garde. Le verbekamaeru se traduit par fabriquer, construir, préparer, attendre

avec intensité, être à l’affût, sur le qui-vive. L’idéogramme chinois de kamae est construit de la clé „bis“, la suite de

l’idéogramme représente un tenon et une mortaise qui rappellent l’assemblage indissociable de la charpente. Ainsi le kamae

dont on parle en Budo consiste à prendre par rapport à Aite la position la plus avantageuse possible. Que, porteur d’une arme,

on se trouve en face d’un adversaire ou que deux armés soient face à face, en toute circonstances kamae est important.

On ne peut pas traduire simplement kamae par forme. Il est inutile de rappeller que kamae contient à la fois les forces du ki

et le pouvoir de percevoir tous les details. Au Kendo, le kamae du Kendo; au Judo le kamae du Judo; au tennis le kamae du

tennis; en Aikido on utilise hammi no kamae (garde de profil).

À partir d’une bonne position naturelle (shizentai) debout, jambes écartées à la largeur des épaules, le pied gauche avance

alors que le pied droit naturellement entraîné, pivote. Nous avons la garde

à gauche: hidari hammi. Inversement, nous avons la garde à droite: migi hammi.

Si les deux adversaires prennent la même garde, pied droit ou pied gauche en avant, nous obtenons: ai

Hammi no kamae:

Si, au contraire, les deux adversaires ont une garde opposée l’un le pied droit en avant, l’autre le pied gauche ou inversement,

nous disons gyaku hammi no kamae. Maintenant, si dans hidari (ou migi) hammi le pied gauche (ou le droit) avance d’un pas

comme dans irimi et que le pied arrière suive, le gros orteil dans l’alignement du talon et du pouce du pied gauche (ou droit)

avancé, nous sommes dans la posture ou garde, dit: hitoemi ou ura sankaku.

Avec le sabre on utilise migi hammi. Avec le jo ou à mains nues la garde de base (fondamentale) est la garde à gauche hidari

hammi.

Pourquoi hitoemi est la garde fondamentale de l’Aikido? Parce que hitoemi permet de se mouvoir facilement face à n’importe

quelle attaque et, de là, pratiquer toutes les techniques et de les assimiler. Néanmoins, il faut en arriver à dépasser le kamae,

le véritable kamae est le kamae sans kamae, de manière à ce que vous puissiez trouver la bonne réponse, quelle que soit

l’attaque, n’importe où, n’importe quand, à partir de n’importe quelle position.

O Sensei dit: „ Ne regardez pas les yeux de Aite, le coeur se fait aspirer par les yeux de Aite, ne regardez pas le sabre de

Aite, l’esprit se fait aspirer par le sabre de Aite, ne regardez pas Aite, vous absorberiez le ki de Aite“. Le Bu de vérité est

une pratique visant à absorber Aite dans sa totalité. „Je me tiens debout tout simplement“.

Je livre cela à vos réflexions. Tirez-en la substantifique moëlle.

Ma aï :

Dans le Budo, on dit que ma aï est important. C’est le mot qui définit la relation spatiale entre Aite et soi-même. La position

d’où il est facile d’attaquer ou de se défendre. Le ma aï n’est donc pas

seulement une notion de distance; il faut y inclure le mouvement des coeurs dans l’espace. Si j’ai peur, l’espace semble trop

petit, si j’ai trop confiance en moi, l’espace semble trop grand.

L’idéogramme ma est constitué: de la porte et de la lune. C’est la lune perçue par l’interstice des portes fermées. Nous dirons:

quelque closes que soient les portes, il reste toujours un interstice pour laisser filtrer la lumière de la lune. De même, si

parfaite que soit la garde, il y a toujours un interstice où se glisse la lumière de la lune. Pourquoi cette force dans l’interstice?

Simplement parce que cette fente, si minime soit-elle, contient l’espace vide tout entier.

Aussi au mur d’honneur du séjour d’une maison japonaise, il y a le tokonoma. Là, dans ce vide, on peut placer un tableau ou bien

des fleurs dans un vase. Ce vide donne vie au tableau comme aux fleurs.

En peinture comme en musique, tout vient à la vie parce qu’il y cet espace vide. C’est le vide du verre qui permet de le remplir.

C’est l’espace dans une pièce qui permet aux gens d’y vivre. C’est la vacuité de cet espace qui est importante. Quand on ne veut

rien, quand on pense qu’il n‘y a rien, il y a pourtant quelque chose. La civilisation orientale, peut-on dire, est la civilisation qui

accorde de l’importance à la vacuité.

Le aï de ma aï est le même aï que le aï de aïkido, avec le sens de faire Un, mettre en ordre, harmoniser.... Ma aï est donc,

comme vous pouvez le déduire de ce qui vient d’être écrit, l’espace qui naît à la fois du coeur et de l’esprit, de soi-même et de

l’autre, et les englobe tous deux dans une évolution constante vers la position la plus avantageuse.

J’ai expliqué, jusqu’à maintenant, shisei, kokyu, kamae, ma aï, qui sont les bases précieuses à cultiver, à répéter

inlassablement, à marteler. Ces quatre terme ne relèvent pas seulement du domaine du Budo, ils ont la même importance dans

tous les arts: Kado, la voie des fleurs, Shodo, la voie de la calligraphie, la peinture, la musique, la danse, que dans le études ou

la vie quotidienne. Ce sont des mots dont il faut s’imprégner.

Ce que je vais expliquer maitenant ne fait pas partie du vocabulaire courant japonais: irimi, taï-sabaki, kokyu-ryoku...

Irimi :

Le irimi utilisé en Aikido, la loi irimi est la racine de l’Aikido: On rapporte que O Sensei aurait transposé en Aikido la loi irmi

qu’il avait saisie par l’étude approfondie de l’art de la lance.

L’idéogramme iri de irimi exprime de passer l’entrée de la maison, d’y pénétrer de soi-même ou d’y être invité. L’idéogramme

mi donne l’idée de l’enfant dans le ventre de sa mère, avec le sens de plenitude, plenitude de chair , d’os, de sang. Donc, mi

égale corps, irimi mettre son propre corps dans le corps de l’adversaire. Suivant la méthode de la lance, ce mot irimi est

utilisé pour désigner l’action de pénétrer victorieusement jusqu’à l’intérieur de la garde d’un adversaire, armé d’une arme plus

longue que la sienne, lorsqu’on est porteur par exemple, d’un sabre ou d’une dague ou même encore lorsqu’on est désarmé.

Quand deux forces se meuvent en direction opposée, la force qui en résulte est l’addition de ces deux forces, irimi est

l’utilisation de cette résultante et de sa relation avec sa propre position au moment du croisement.

Nous appellons irimi issoku l’entrée d’un pas sur le côté de l’adversaire, étant soi-même dans la position permettant irimi, en

garde de profil, attaquant l’adversaire en lui renvoyant la force de son attaque, sans utiliser sa propre force.

Mécaniquement expliqué, c’est très facile à comprendre, mais dans la réalité, il ne faut pas oublier qu’Aite est vivant et que

tout peut ne pas fonctionner suivant la théorie, surtout s’il est mieux armé que vous.

À mains nues ou avec une arme plus courte que celle de l’adversaire, pour entrer à l’intérieur de sa garde ou la forcer, il faut

juger le ma aï avec exactitude sans être arrêté par les changements de position de Aite. Cela est normal et ne devrait pas à

être expliqué. Plus important est d’oublier son corps, d’entrer et de percer en pensant d’être percé, d’entrer directement sans

la moindre hésitation.Vous pressez Aite de votre puissance mentale, jusqu’à ce qu’il soit contraint d’attaquer; utilisant, prenant

son attaque, vous entrez!

Au-delà de ce qui a été dit, si vous éprouvez le sentiment d’envelopper votre adversaire, de ne faire qu’un avec lui; il viendra

de lui-même à l’intérieur de vous-même. C’est cela irimi de lAikido.

Tenkan :

Ten veut dire transposer, transférer, changer, évoluer. L’idéogramme ten est composé de deux éléments, l’un signifiant: roue,

l’autre évoquant un mouvement tournant circulaire. Kan: échanger. Tenkan est employé avec le sens de changer de direction, de

ligne de conduite, d’état d’esprit.

En Aikido, je crois que ce mot est utilisé parce que souvent, pour effectuer un mouvement, on pivote et que dans ce

mouvement, en changeant de direction, le geste est rond et donne l’image de la roue qui tourne.

Considérez votre cas. Du fait de votre rotation, vous avez changé, soit de place, soit d’orientation. Tout changement d’état ou

de position est tenkan. C’est pourquoi irimi – tenkan sont l’endroit et l’envers d’une même chose.

 

Taï sabaki :

Il semblerait qu’en Europe, taï sabaki soit généralement traduit par déplacement. Je pense que cela ne transmet pas d’une

manière très exacte le sens de taï sabaki tel que nous l’utilisons en Aikido.Je vais tenter de vous apporter quelques

éclaircissements.

L’idéogramme sabaki est composé de deux éléments: la main et le verbe séparer (qui contient l’idée de désarticuler avec un

couteau). Par extension, le verbe sabaku est utilisé dans des expressions désignant des actions aussi variées que: vendre,

distribuer, régler des dossiers, démêler une affaire.... Un homophone de sabaki qui s‘écrit avec un autre idéogramme se

traduit par couper un vêtement, juger.

 

Sabaku:

Redresser un désordre, décidé de ce qui est juste ou faux, disperser des marchandises, faire ce qu’il se doit.

Taï: le corps: Donc taï sabaki signifie qu’au moment où un objet, un homme, tente de vous atteindre qu’au moment où un ennemi

vous attaque, jugeant de votre position relative, soit vous bougez simplement une partie du corps, rétablissant ainsi la

situation à votre avantage.

Rétablir la situation à votre avantage n‘est pas seulement garder l’équilibre, se mettre à l’abri.... C‘est aussi de se placer dans

une position d’attaque opportune.

Alors qu’Aite avait 99% de chances de l’emporter, votre taï sabaki a renversé la situation. C’est cela taï sabaki.

 Kokyu Ryoku :

Vous pouvez pratiquer l’Aikido si vous pouvez soulever trois onces de son. Cela revient à dire, que l’Aikido n’est pas un art de

combat corps à corps, fondé sur l’utilisation de la force physique et musculaire.

Le travail de la technique en Aikido se fait en utilisant pleinement l’énergie mentale et rationellement la force physique. D’où

l’expression employé plus haut. Si l’on utilise cette méthode, il est possible de développer une force supérieure à celle que l’on

croit posséder. Lorsque nous disons que les personnes agées, les femmes, les enfants peuvent pratiquer, cela ne signifie pas

seulement qu’il peuvent s’entraîner, mais bien qu’ils peuvent appliquer cette voie au combat, après l’avoir bien comprise.

J’ai déjà effleuré le kokyu; dépassons maintenant le stade de la respiration physiologique pour absorber en nous-mêmes

l’énergie de l’Univers; allons plus loin encore et fondons-nous en un seul corps avec l’Univers. La force qui en découle est

nôtre, sans être nôtre car en réalité c’est l‘énergie de l’Univers qui surgit de notre corps. Cette force accumulée dans le seika

tanden pour emplir toutes les parties du corps, semblable à l’eau qui jaillit et jamais ne s’arrête, cette force émanant d’un

corps et d’un esprit toujours calmes, sereins, détendus pour répondre à la nécessité en tout temps et dans la direction voulue,

cette force s’appelle kokyu ryoku.

Cette force, cadeau du ciel, ne pourra s’exprimer, ni si votre nuque, vos épaules, vos bras sont inutilement contractés, ni si

vous vous imaginez être fort ou au contraire incapable, ni si vous croyez que cette force ne peut exister. Tous ces déchets,

toutes ces impuretés sont autant de barrages sur le passage du ki. C’est un peu comme un tuyau qui serait pincé, écrasé par un

pied ou bouché par de la terre et dont l’eau ne pourrait s’écouler, alors que l’ayant branché sur un robinet, vous vous apprêtez

à arroser un jardin.

O Sensei répète souvent: l’Aikido est une purification de corps et de l’âme, c’est décrasser le corps de l’âme“; Il est bien

évident, que l’âme sera rayonnante, que la circulation sanguine s’améliorera de même que le mental et le physique, si l’on

procède à un décrassage intérieur et extérieur.

Kokyu ryoku doit donner vie, chez le pratiquant d’Aikido, à un geste aussi simple que lever un bras ou avancer un pied. Une

technique d’Aikido exécutée sans emploi de kokyu ryoku, n’est pas une technique d’Aikido, c’est un champagne sans bulles, une

bière éventée.

Sans passer par les techniques, il est impossible de s’imprègner de kokyu ryoku. En outre les résultats seront différents selon

que vous y croyiez ou non.

Amrani Ali

 

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Dernière mise à jour de cette page le 05/07/2009

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